Design Circulaire

Retour d’expérience de stage 0

Étudiant en 4ème année à la Web School Factory en spécialisation design UX/UI, Félix a été stagiaire au sein de l’agence pendant 6 mois. De juillet à décembre 2018, il a travaillé avec nous dans l’antenne parisienne sur le développement et le positionnement des sites internet, la conception de serious game et méthodologies d’innovation. Il nous partage son expérience et ses premiers pas dans l’univers du design circulaire.

Quel est ton parcours ?

Après un Bac ES puis une année sabbatique à Londres, j’ai intégré la Web School Factory, une école de management dans le digital qui allie le marketing, le design et le développement web. Je suis actuellement en 4ème année en spécialité Design UX/UI.

Pourquoi as-tu choisi Wiithaa ?

J’ai d’abord découvert l’annonce grâce à Julien Champagne le responsable de la majeur design à la Web School Factory, je me suis ensuite dit que le design circulaire était un mode de pensée encore nouveau et peu connu en France et cela m’intéressait. L’environnement low tech par rapport au milieu du numérique dans lequel je baigne me permettait aussi de sortir de ma zone de confort et ce challenge m’excitait. 

Quelles ont été tes missions et responsabilités tout au long de ce stage ?

Le fil rouge de mon stage a été de repenser la présence online de Wiithaa et de ses différentes marques puis de l’améliorer en modifiant, développant ou créant les sites web. Cependant, mes responsabilités ne se sont pas arrêtées ici et mes missions ont été très variées. C’est ce que j’ai aimé; animation d’ateliers de créativité, conception de serious game, participation à des conférences, design graphique et data visualisation…

Peut-être un projet dont tu souhaiterais nous parler en particulier ?

L’audit de l’existant et la création des sites web ont été très intéressant car j’ai beaucoup appris en autonomie et le dialogue avec Justine et Brieuc sur ce projet a été très enrichissant. Aussi, ma participation à la création d’un serious game sur la chaîne de valeur circulaire et les opportunités marchés, m’a permis d’appliquer les techniques de créativité, que je connaissais, dans un contexte nouveau et concret. La présentation, les observations et différents tests, le design graphique et les améliorations du jeu ont permis d’arriver à un résultat dont nous sommes fiers. 

En tant que designer, que t’as apporté ce stage ? Tant d’un point savoir-faire que savoir-être ?

Comme présenté plus haut, j’ai pu travailler en grande autonomie sur les différents projets ce qui m’a permis de m’exprimer et de partager mes compétences. J’ai beaucoup appris en me documentant dès que je me confrontais à un problème car l’équipe est dans une logique d’amélioration continue et de droit à l’erreur. C’est très gratifiant de prendre le temps et de réussir à régler les problèmes par soi-même, sans jugement, et ça permet d’évoluer. 

Et pour après ?

Ce stage m’a permis de confirmer que je prenais la bonne voie, celle du design et de l’innovation, avec ce nouvel exemple d’application dans un cadre professionnel. J’ai pu expérimenter la méthodologie design dans un nouveau contexte ce qui m’a permis d’enrichir mes connaissances et d’être sûr que c’était la voie que je voulais prendre. 

Et pour finir, quelle vision du design circulaire souhaites-tu partager à l’avenir ?

Pour ce qui est de mon milieu actuel, le monde du digital, le design circulaire est encore très peu développé et développable tel quel. Cependant, en tant que designer, je pense qu’il est de notre responsabilité d’être conscient de ce qu’est le design circulaire si nous voulons vivre dans un monde qui a de l’avenir. L’enjeu de viabilité et de résilience est plus que jamais présent.

Felix nous partage son retour d’expérience de stagiaire en design circulaire.
The Sky is not my limit - Shanty biscuits
Conférences & Evènements

Wiithaa atteint l’âge de raison 0

Un vendredi soir en janvier 2012, lorsque je me rends à un startup weekend à l’ESCP sur l’économie collaborative, je suis assez loin de me douter de l’aventure qui est sur le point de commencer. Ma situation du moment n’est pas franchement reluisante : je viens de changer de boulot mais, même après un mois, je ne le sens pas du tout, j’ai beaucoup de mal à sortir de mon lit le matin, je traine des pieds pour y aller, je ne suis quasiment jamais à l’heure… 

Quelques années ont passé… Concours de pitchs avec Nicolas à l’ESCP, novembre 2012.

C’est pourtant précisément là que je vais rencontrer Nicolas qui a un début d’idée de business et un nom de projet pour le moins original : Wiithaa. Au fur et à mesure de nos rencontres, nos idées commencent à s’éclaircir (enfin ça c’est ce qu’on pensait) et la raison d’être de Wiithaa apparait clairement. Faire disparaitre la notion de déchet (ça, ça n’a pas changé). Ma vie de salarié est sur le point de se terminer, nous voilà lancés dans le grand bain de l’entrepreneuriat. 

“On fait le bilan calmement”

Cela fait 7 ans déjà, ça fait quelques années… On dit que c’est l’âge de raison. Mais pourquoi faire un bilan maintenant ? Sans s’en rendre compte, on est déjà plus proche des 10 ans que du début de l’aventure et ça, c’est plutôt appréciable, surtout quand on voit le pourcentage de disparition des entreprises notamment après 5 ans d’autant plus lorsqu’on est dans un pays qui a malheureusement d’autres priorités que de reconsidérer sa relation au vivant.

Je n’aurais jamais imaginé traverser autant de galères, que ce soit l’incendie de mon propre appartement quelques jours avant le dépôt des statuts, les fameuses montagnes russes du début, les flops qui font mal, les longs moments de doutes, les deux ou trois fois où on s’est dit « On arrête là ? », les conseils pas si avisés, les flops qui font remettre en question pas mal de choses, les “encouragements” à passer à autre chose. Heureusement, je n’étais pas si seul et nous sommes parvenus à passer les obstacles un par un.

Un atelier Circulab à Taïwan en 2016.

Oui mais voilà… Toujours est-il qu’à la veille des 7 ans de Wiithaa, je suis content de pouvoir faire le bilan et me dire que Wiithaa a :

> collaboré avec de grandes entreprises (L’Oreal, La Poste, IKEA, Suez, Plastic Omnium, Imerys pour n’en citer que quelques unes) mais aussi des plus petites tout aussi prestigieuses sur cette transformation circulaire indispensable à notre civilisation.

> créé une méthodologie efficace, accessible et fédératrice pour transformer les business models avec le design circulaire disponible en français, anglais, espagnol, néerlandais, allemand, italien et chinois

> fédéré plus d’une cinquantaine de consultants répartis dans 20 pays sur les 5 continents échangeant bonnes pratiques, savoir-faire et conseils

> publié un livre chez deux véritables éditeurs en français et en chinois

> permis à plus de 10 000 personnes de comprendre les opportunités de l’économie circulaire en jouant

> testé plusieurs types de prestations pendant plusieurs années avant d’enfin trouver notre réelle utilité

Un candidat à la présidentielle avec notre livre.

> réalisé des trucs incroyables ou drôles que je n’aurai jamais imaginé faire dans ma vie

> conçu un jeu pour faire découvrir le biomimétisme pour les grands et les petits en français et en anglais

> adopté près de 100 coraux en Indonésie et planté de nombreux arbres en France notamment

> su renaitre notamment sous l’impulsion et l’énergie nouvelle de Justine

> su garder du sens dans l’ensemble de ses prestations, là où beaucoup se contentent d’utiliser le design pour innover comme au 20ème siècle

> lancé un podcast qui rencontre toujours plus d’écoutes sur les différents continents et nous permet de rencontrer de belles personnes

> réussi à rester indépendant sans jamais lever ou emprunter d’argent à qui que ce soit

> (enfin) résumé ses activités en moins de 2 minutes 

Évidemment, Wiithaa c’est aussi, par ordre d’apparition, Nicolas, Edouard, Jean-Christophe, Marianne, Flora, Kim, Rachel, Fabio, Justine, Juliette, Félix et Nathan (tous associés, stagiaires ou salariés), sans compter tous les précieux soutiens extérieurs et les prochains à venir. 

Les prochaines étapes

Malgré un contexte environnemental, national et international de plus en plus tendu, les perspectives de Wiithaa sont très intéressantes : 

> nous venons d’ouvrir un 2ème bureau à Nantes avec la complicité de nos partenaires de longue date de DICI Design. Ce développement permet de se rapprocher de clients industriels pour lesquels le design circulaire peut être un véritable gain en terme de valeur économique, sociale et environnementale. J’en profite d’ailleurs pour inviter les nantais pour notre 1er meet-up sur place le jeudi 7 février dans les bureaux de DICI

> nous gardons évidemment le bureau montreuillois qui nous permet de d’assurer régulièrement formations, meet-up, ateliers et rdv clients dans un cadre agréable. Cela nous permet aussi de rester proches de nos clients et partenaires historiques. 

The Sky is not my limit - Shanty biscuits

> d’autant que dans les semaines à venir, l’équipe va s’agrandir et nous permettre de revoir à la hausse nos ambitions

>de même, pour le Circulab network qui voit encore plus de demandes de formations et de connexion nous parvenir

> nous continuons nos rencontres passionnantes pour le podcast, d’ailleurs n’hésitez pas à nous suggérer de futurs invités

> nous préparons un kit accessible pour les universités et écoles pour leur permettre de sensibiliser le plus grand nombre d’étudiants, d’autant que contrairement à quelques années en arrière, la prise de conscience est devenue réelle en France

> IDEO parle de design circulaire depuis 2 ans désormais mais finalement trop peu d’agences de design ont adopté le design circulaire. Pourtant, encore une fois, leur rôle est fondamental. Voilà pourquoi nous sommes en train de développer une offre pour permettre à nos “concurrents” d’intégrer nos outils et ateliers afin de proposer elles-aussi le design circulaire à leurs clients.

> nous travaillons également sur le développement d’un produit permettant aux citadins de grandement réduire leurs déchets ménagers et de les valoriser sur place

> nous sommes sur le point de lancer un nouveau business game qui, d’après les premiers tests, promet des résultats forts en terme d’impacts et de création de valeur. Il se positionne en amont du Circulab et nous permettra d’accompagner nos clients sur l’ensemble du processus de transformation de leur(s) activité(s) linéaire(s) à un business circulaire et régénératif, en partant de l’identification de nouvelles opportunités au design du produit/service en passant par la conception du business model circulaire. 

Pour conclure, un grand merci à tous ceux que nous avons croisé, bienvenus à tous ceux que nous serons amenés à croiser et continuons tous ensemble, autant que faire se peut, à activer une économie circulaire, inclusive, vertueuse et régénérative partout où nous le pourrons. 

Un de nos derniers meet-up à Montreuil animé par Justine et Nathan.


Design Circulaire

Wiithaa alloue 1% pour la planète 0

L’agence de design Wiithaa rejoint l’organisation 1% For The Planet

L’agence Wiithaa a rejoint le 1er janvier 2019 la communauté 1% For The Planet et s’engage ainsi à reverser 1% de son chiffre d’affaire annuel à des organisations à but non lucratif dédié à la protection de l’environnement.

“Nous sommes très heureux de rejoindre l’organisation. Cela fait plusieurs années maintenant que nous nous engageons, tant par nos actions que notre business model, en faveur de l’environnement. Cette action est pour nous clef afin de multiplier nos dons annuels en les associant à ceux de la communauté. Nous comptons aussi beaucoup sur la dynamique de réseau et les rencontres pour aller encore plus loin.” annoncent Justine et Brieuc, associés de Wiithaa.

À ce jour, les membres 1% for the Planet ont donné plus de 175 millions de dollars aux associations.

Le 1% for the Planet offre un moyen crédible et accessible de soutenir l’environnement. Il n’est pas toujours facile de savoir où et comment soutenir les bonnes associations. La plupart des entreprises et des particuliers n’ont pas l’expertise nécessaire pour élaborer leurs propres stratégies de dons environnementaux, et rares sont ceux qui disposent du temps ou des ressources nécessaires pour faire le tri parmi les nombreuses options qui leur permettraient d’avoir un impact.

Avec cette action, Wiithaa continue son partenariat avec l’ONG Coral Guardian initié en 2016. Cette association agit en faveur de la conservation des récifs coralliens et accompagne les populations qui en dépendent, dans leur préservation et leur régénération.

“We are thrilled to welcome Wiithaa to our global network,” livre Kate Williams, CEO of 1% for the Planet. “Currently, only 3% of total philanthropy goes to the environment and, only 3% of that comes from businesses. We need more business like Wiithaa to do its valuable part to increase giving and support on the ground outcomes.”  

À propos de 1% For The Planet

“Nous connectons mécènes et entreprises avec les associations porteuses de projets, pour accélérer efficacement les dons au profit de l’environnement.

Le 1% for the Planet est un mouvement mondial qui inspire les entreprises et les particuliers à soutenir des solutions environnementales en direct ou via notre réseau. Nous vous conseillons dans votre démarche, certifions vos dons, et amplifions l’impact de notre réseau.

Le 1% for the Planet a été créé en 2002 par Yvon Chouinard (fondateur de Patagonia) et Craig Mathews (fondateur de Blue Ribbon Flies). Eux-mêmes philanthropes à hauteur de plus d’1% de leur chiffres d’affaires avec leurs entreprises respectives, ils ont souhaité créer un réseau capable de rassembler les entreprises philanthropes, avec un label reconnaissable facilement et au message simple. Depuis la création du 1% for the Planet, plus de 150 millions d’euros ont été consacrés à des associations environnementales.”

À propos de Wiithaa

Sphère innovation design thinking à circulaire

WIITHAA est le nom aborigène d’un oiseau qui, pour séduire les femelles, construit des nids qu’il décore méticuleusement en collectant toutes les ressources à sa disposition. Il utilise des herbes sèches, des brindilles et même des bouchons ou des pailles en plastique. Ce qui est un déchet pour nous, le Wiithaa le récupère et le transforme en opportunités.

À l’image de cet oiseau, l’agence de design circulaire Wiithaa concilie ingénieusement économie et nature pour aider les entreprises à améliorer l’expérience de leurs utilisateurs tout en optimisant leurs ressources.

À travers une démarche créative et inspirée des principes du vivant, Wiithaa conçoit de nouveaux produits, services et modèles économiques en faveur d’une économie circulaire.

Ford dans un champs à la campagne
Design Circulaire

Design circulaire, de quoi parlons-nous ? 2

Depuis plusieurs années, la gestion et la valorisation des déchets et l’essor de l’économie circulaire apparaissent comme des sujets fondamentaux de société. Néanmoins, la question de la conception, voire même du design circulaire, est moins évoquée. Pourtant elle s’avère être essentielle pour pouvoir réussir la transition économique, sociale et environnementale dont la plupart des sociétés ont besoin aujourd’hui.

“Le design est devenu un outil du consumérisme”

C’est par ce constat que Tim Brown, le co-fondateur de la célèbre agence californienne IDEO avait commencé son TED talk en 2009. En tant que discipline, le design industriel a une histoire relativement courte initiée vers la fin du 19ème siècle notamment en Europe. Le courant prôné par le Bauhaus, école allemande de design entre autre, met bien en valeur cette notion d’utilité, “la forme suit la fonction”. L’idée était alors d’allier l’esthétique, l’utile et la technique; c’étaient les grands débuts de la conception industrielle. Au fur et à mesure, particulièrement pendant les années 2000, le design a été utilisé principalement pour ramener de l’esthétique voire créer des tendances mettant alors de côte l’utilité sociétale de ce qui était conçu pour la société et les individus. La conception globale du produit a souvent été mise de côté. Contrairement à la Belle Époque, où la notion de progrès de l’humanité était un objectif affiché du concepteur, le designer industriel d’aujourd’hui a une dimension politique ou sociétale moins poussée, plus contrainte par des objectifs de ventes toujours plus élevés.

La pression des ventes a forcé le concepteur à privilégier l’esthétique et l’utilisateur sans pousser plus loin ses observations et l’impact de ses choix de conception. Bien sûr, la conception de nombreux produits a été réalisée sans designer, je ne les blâme pas particulièrement, mais les faits sont là; quand c’est le cas les résultats sont souvent bien pires. En effet, de nombreux objets, packagings, composants ou produits sont gâchés à différentes étapes de vie du produit. Cela n’est pas sans conséquences :
  • D’abord, du point de vue des ressources, on va continuellement extraire de nouvelles ressources alors que la plupart des métaux par exemples ont des espérances d’approvisionnements de plus en plus limitées. C’est un non-sens économique. Ce matérialisme à outrance n’a souvent aucun sens.
  • Ensuite, d’un point de vue sanitaire, les déchets ont là aussi des conséquences : la pollution du plastique dans les océans pollue les écosystèmes marins, on en retrouve dans la plupart des produits de consommation courante et donc a des répercussions multiples sur toute la chaine alimentaire.
  • Enfin, en terme de pollution, la plupart des déchets non-traités vont émettre des pollutions. Le marc de café par exemple va émettre du méthane, un gaz plusieurs dizaine de fois plus nocif que le carbone en termes de gaz à effets de serre, lorsqu’il se décompose au fur et à mesure.

 

Dechet, trou noir de notre système

L’industrie automobile est une bonne illustration de ces répercussions. Si nous prenons l’exemple du design automobile et de la filière qui en dépend, aujourd’hui les voitures vendues par les constructeurs ne peuvent plus être réparées par leur propriétaire, les moteurs sont bien complexes, certains composants sont cachés ou très difficiles d’accès. La cause au modèle économique de l’entreprise qui ne repose plus sur la simple vente de la voiture, qui est achetée par le client quasiment au coût de revient, mais principalement sur les ventes de services après-vente (réparation, entretien). Ainsi, il devient nécessaire pour que l’entreprise soit viable, de designer un produit irréparable par le garagiste du quartier et d’assurer son monopole sur la gestion de vie de la voiture.

Ces décisions stratégiques, que le designer est contraint d’intégrer dans sa conception, ne sont pourtant pas sans impacts. En effet, la Commission Européenne estime que 80% des impacts environnementaux d’un produit dépendent de l’étape de conception (Ecodesign your Future). Que ce soit sur l’extraction de matières premières, la fabrication, la distribution ou encore l’utilisation du produit, les impacts environnementaux des choix pris dès la conception sont multiples. Les méthodes de conception et d’analyses de cycles de vie permettent d’identifier des marges d’améliorations mais rares sont les produits exemplaires à toutes les étapes de vie du produit. D’autant plus que les initiatives éco-conçues ne considèrent pas, pour la plupart, la fin de vie du produit ou/et de ses différents composants (matières, pièces, packaging…). Pourtant, nous jetons 80% des choses que l’on achète dans les 6 mois qui suivent l’achat (donnée issue du livre de Richard Girling, Rubbish!: (Dirt on our hands and crisis ahead). Comment et pourquoi ne pas considérer cette étape – celle de la fin de vie – dès la conception ?
L’exemple des sachets plastiques biodégradables pour les fruits et légumes en vrac est une bonne illustration de la mauvaise considération de l’ensemble des étapes de vie du produit. Car oui, bien que pour minimiser l’impact de la consommation de ces sachets les producteurs aient décidé de les rendre biodégradables, le faible nombre de personnes en ville en mesure de composter leurs biodéchets ne permet pas d’éviter ce flux de déchets et encore moins de rendre ce produit vertueux. Ou encore l’exemple du plateau MacDonald’s où l’ensemble des contenants sont théoriquement recyclables mais ne le sont jamais en réalité pour des raisons technologiques ou économiques.
Une bonne intention ne résout pas le problème automatiquement, il est nécessaire de prendre un peu plus de recul et de voir les connexions et conséquences d’un choix, d’un comportement, sur les autres éléments.
Ford dans un champs à la campagne

Designer pour l’utilisateur… et le système qui l’entoure

Depuis l’essor du design thinking dans les années 2000 avec la création des premières d.school, les trois sphères viabilité économique, faisabilité technique et désirabilité utilisateur se sont révélées être une grille de lecture performante et de plus en plus partagée. On ne compte plus le nombre de startups qui ont été créées avec succès par des designers comme Airbnb, Sunrise, Kickstarter ou Pinterest, de même, pour les entreprises plus établies qui vont également s’appuyer plus largement sur les designers (Schneider Electric, Decathlon…). Concentrés sur les besoins de leurs utilisateurs, les designers vont permettre à leurs organisations de surpasser les attentes. En appliquant un processus continu d’amélioration, leurs produits vont s’améliorer, être de plus en plus recommandés de pair à pair et donc faire partie des plus grands succès de ces dernières années.
Sphère innovation design thinking à circulaire
Malgré tout, la situation environnementale de notre planète est de plus en plus inquiétante, inutile de perdre du temps à redonner les faits ou rapports. On l’a vu, les choix de conception n’y sont pas complètement étrangers, voilà pourquoi le designer a un rôle majeur à jouer. En plus, de se concentrer sur la qualité de l’expérience utilisateur, le designer doit désormais prendre en compte aussi le système qui entoure l’utilisateur. Cela sous-entend : avec quelles matières ? Quelles énergies ? Quels processus de fabrication ? de distribution ? d’utilisation ? et surtout que deviennent tous ces flux une fois le produit ou service et leurs composants hors d’usage ?
C’est là que le design circulaire prend tout son sens. En ajoutant une 4ème sphère, celle de la circularité qui reprend les notions de ressources, d’écosystèmes, de biomimétisme, à la grille de lecture du design thinking, le designer ouvre automatiquement de nouveaux champs d’explorations et de nouvelles opportunités économiques, sociales et environnementales.

“La prochaine révolution du design est le design circulaire”

L’idée du design circulaire est là encore d’apprendre en faisant, d’autant plus que l’ampleur des corrections à concrétiser est énorme. Le processus d’amélioration continue incite à faire moins mal dans un premier temps mais aussi, et rapidement, à régénérer les écosystèmes, à faire mieux. En regardant la grande image, le système dans toute sa complexité, et pas uniquement, le produit ou service final, le designer, le personnage clef du 21ème siècle, selon Dominique Sciamma, prend conscience de ses impacts et de la façon de les éviter ou de les rendre positifs pour l’utilisateur, l’entreprise et l’écosystème. Il prend en compte la configuration du territoire, son climat, les savoir-faire en présence, les ressources déjà disponibles…
Wiithaa a d’ailleurs développé une suite d’outils pour comprendre et synthétiser ce contexte à travers le Circulab. Cette considération de la complexité dans son ensemble permet aussi d’anticiper les enjeux et de s’inscrire dans le temps long et de tirer pleinement partie du design circulaire.
Dès lors que le déchet apparait bien comme une erreur de conception et non comme une fin soi, les flux de ressources sont reconsidérés dans leur ensemble. Tendre et atteindre le zéro gâchis dès la conception permet d’optimiser l’existant, faire plus avec moins de ressources comme le recommande l’innovation frugale ou l’illustre le Low Tech Lab. Faire plus avec ce qui nous entoure de façon à aussi à viser la résilience des territoires et de l’organisation en multipliant les coopérations locales et les boucles de flux. En impliquant les parties prenantes locales, le designer permet aussi de transformer l’utilisateur de simple consommateur à véritable acteur, conscient de la portée de ses choix.
Même s’il ne va pas jusque là, Tim Brown, pour le lancement du Circular Design Guide, affirme bien volontiers que la prochaine révolution du design sera le design circulaire.

Les différents principes du design circulaire

Même s’il s’avère être une pratique relativement récente, très peu voire pas évoquée du tout dans les écoles de design françaises actuellement, on peut d’ores et déjà dégager plusieurs principes du design circulaire :
Chaussures pour enfants réalisées avec des chutes de cuir. > la priorisation de l’utilisation de ressources locales et/ou abondantes, afin de minimiser la consommation d’énergies pour l’extraction, l’approvisionnement et la fabrication et de réduire le gâchis actuel. Le designer doit donc observer et faire avec les ressources à disposition, d’autant plus si elles ont une considération faible à ce jour.
C’est l’exemple de Shoey Shoes, lancé par un étudiant du Royal College of Art, une marque de chaussures en cuir pour enfants exclusivement avec des chutes de production. Au niveau industriel, l’exemple de Circouleur en France qui valorise les pots de peinture non-terminés est également une bonne illustration.
> l’optimisation des ressources et de l’énergie peut se faire sous différentes formes. Une voiture par exemple est inutilisée en moyenne 96% du temps, on imagine assez difficilement le gâchis provoqué par un modèle basé sur la propriété du bien mais il est bien réel et inutile. En passant à un modèle basé sur l’accès quand l’utilisateur en a besoin, le design circulaire permet d’augmenter l’utilisation de ce bien et surtout de diminuer la quantité d’un même produit en circulation. C’est exactement ce que sont en train de mettre en place plusieurs constructeurs automobiles avec la Mairie de Paris pour remplacer les Autolib. L’optimisation de ressources peut aussi se faire en fin de vie du produit lorsque l’entreprise anticipe cette étape. C’est ce que fait Mud Jeans aux Pays-Bas en louant des jeans au mois. Cela permet de réintégrer cette matière première plutôt que d’en extraire de nouvelles. Les processus de logistique inversée peuvent également être considérés pour optimiser les flux de transport. L’exemple de la Poste avec son service Recygo illustre bien cette optimisation et recréation de valeurs économiques, sociales et environnementales. Enfin, l’exemple d’Adopte un bureau illustre parfaitement ce principe en rendant du matériel de bureaux professionnels solides, durables et haut de gamme plus accessibles que des produits bas de gamme.

> la durabilité, la réparabilité ou la réutilisation du produit. Le phénomène d’obsolescence programmée est condamnée depuis plusieurs années déjà par de nombreuses ONG. Néanmoins, il est souvent considéré comme un pilier de la plupart des business models des entreprises dominantes aujourd’hui. On l’a vu plus tôt avec le secteur automobile mais l’exemple des smartphone est particulièrement criant également. Ces produits peuvent être, techniquement, utilisées jusqu’à 7 ans. Leur durée d’utilisation moyenne en France n’est pourtant que de 18 mois. La plupart des constructeurs incitent au renouvellement rapide avec des mises à jour toujours plus gourmandes en capacités, si bien que le produit perd en usage et devient obsolète. Fairphone apparait comme une initiative intéressante à plusieurs titres : outre la modularité du téléphone et donc sa réparation simplifiée, le téléphone est conçu pour durer et apparait bien plus solide que la plupart des téléphones.

> le démontage ou le détournement du produit. Si le produit est démontable ou reconfigurable, d’autres usages peuvent s’avérer intéressants en terme de création de valeurs. Renault est réputé pour son usine de Choisy-le-Roi, spécialisée dans le remanufacturing, c’est-à-dire le démontage et le reconditionnement des pièces. Ce procédé permet de revendre les pièces détachées 30 à 50% moins cher qu’une pièce neuve et permet d’économiser 88% d’eau, 80% d’énergies et encore 86% de produits chimiques. L’entreprise Carwatt permet de changer le moteur thermique de son véhicule par un moteur électrique, sachant que l’impact de la production d’un véhicule neuf est souvent plus élevé que la vie du véhicule elle-même. Un exemple de BathoEn fin de vie, le design circulaire est aussi créateur de valeur(s). Un produit peut également être détourné pour répondre à de nouveaux usages, Bâtho, une jeune entreprise nantaise, récupère les voiliers en fin de vie pour les transformer en hébergement atypique. Cela finance le retraitement en fin de vie du bateau, évite l’abandon et permet une économie de matières à l’échelle du territoire.
> l’absence de déchets tout au long du cycle de vie du produit ou service ou de leurs composants. En effet, le déchet sans solution de valorisation en fin de vie apparait comme une erreur de conception et nécessite un changement de design ou d’anticiper le devenir de ce composant. En effet, l’objectif de la biodégradabilité ou de la régénération des écosystèmes est à prendre en compte. Contrairement à la plupart des produits actuels, il faut éviter l’utilisation de substances nocives que ce soit pour les différents utilisateurs du produit mais aussi pour permettre au produit de revenir aux écosystèmes vivants, tout comme l’ensemble des fruits, feuilles produits par les arbres. L’exemple du t-shirt Freitag est particulièrement intéressant, il est produit exclusivement avec des fibres saines, ce qui permet une décomposition du produit une fois enterré dans le sol en quelques mois sans impacts négatifs. De même, Ecovative qui produit des renforts de packagings, exclusivement à partir du mycélium de champignons, qui seront biodégradables une fois le produit arrivés chez son utilisateur.
> enfin, un processus continu d’améliorations. Les flux de matières, les usages ou les comportements des utilisateurs peuvent changer en fonction de vos modifications, voilà pourquoi il faut les intégrer afin d’améliorer l’expérience mais aussi créer de nouvelles boucles de valeurs continues.
Outre ces dimensions très pratiques, le design circulaire revêt une importance presque existentielle pour de nombreuses entreprises. La pollution des océans à cause du plastique est un exemple particulièrement criant : même HSBC recommande à Coca-Cola de changer complètement de stratégie pour la distribution de ses produits.
Dans cette mutation, il est important pour les marques et entreprises de repartir de leur raison-d’être, afin d’aller plus loin en terme d’impacts positifs et parvenir à concilier prospérité et régénération des écosystèmes. Il est important de rendre cette démarche évidente pour les équipes, les partenaires mais également les utilisateurs et l’écosystème, en donnant à l’entreprise et ses actions du sens.
Le design circulaire, en ramenant en avant le sujet des ressources, permet aussi d’intégrer une dimension stratégique de plus en plus importante dans un monde de plus en plus mouvementé.

 

Finalement, le design circulaire ne serait-il pas la bonne association entre les principes de fonctionnement du vivant et les savoir-faire créatifs du designer, pour permettre de se réintégrer pleinement dans les écosystèmes naturels ?
stage économie circulaire
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Offre de stage – animation et développement du réseau Circulab network 0

OFFRE DE STAGE

Chargé(e) de développement et d’animation réseau
Économie circulaire, collaboration, international

6 mois, à partir de janvier 2019
H/F

Qu’est-ce que Wiithaa ?

Wiithaa est une agence de design circulaire. À travers des missions allant de la formation au design de produits
ou services, nous aidons les organisations à transformer leur business model en intégrant les principes et
opportunités des fonctionnement « en boucle » des écosystèmes naturels.

Qu’est-ce que le Circulab network ?

Le Circulab network est le réseau d’experts qui a pour objectif d’aider les organisations à développer des projets
d’économie circulaire notamment grâce à l’approche Circulab.
C’est un réseau international et pluridisciplinaire de consultants indépendants formés et licenciés à la
méthodologie Circulab. Répartis dans 17 pays sur 4 continents, il partagent et diffusent la vision proposée par le
Circulab et Wiithaa dans leur région et leurs activités à travers l’animation d’ateliers, le co-développement de
projets et de nouveaux outils.

stage animation réseau économie circulaire

Missions :

En tant qu’animateur du Circulab network, vous travaillerez tout d’abord en étroite collaboration avec la
responsable actuelle.
Vous serez donc en charge du développement et de l’animation du réseau, incluant :

Animation (réseau social interne : Facebook Workplace, organisation de webinar, interface entre les consultants,
organisation d’évènements)
Développement (entretiens de rencontres, communication externe, création et mise à jours des supports de
formation, centralisation et quantification des impacts de la démarche)
Suivi et accompagnement (réponse aux demandes et questions, suivi des évolutions, centralisation des impacts
interface entre les différents membres et Wiithaa pour le développement de projets d’économie circulaire en
coopération)

Ce poste est susceptible de déboucher sur une embauche, avec de nouvelles missions en lien avec la formation et
l’accompagnement des consultants.

Compétences requises :

De formation bac+3, +4 ou +5 marketing, et/ou communication, et/ou actions commerciales, vous maîtrisez le
Pack Office. Organisé(e) et rigoureux(se), vous êtes reconnu(e) pour votre curiosité et votre ouverture d’esprit et
communiquez aisément à l’oral comme à l’écrit.
Les langues principales parlées dans le réseau sont le français, l’anglais et l’espagnol, une certaine aisance en
anglais est donc requise, la maitrise de l’espagnol ou d’une troisième langue est un bon plus.
Vous êtes sensible aux sujets tels que le biomimétisme, l’upcycling, l’économie bleue ou l’économie circulaire.
Pour mener à bien ces missions au sein de notre petite équipe, proactivité, agilité et esprit collaboratif et entrepreneurial sont indispensables !

Merci de nous envoyer votre CV et lettre de motivation à [email protected] Nous sommes disponibles par mail pour toute question.

 

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